Parcours · Chiffres
Les chiffres qui trompent
Un chiffre peut être exact et donner une fausse idée. Rien n'est inventé : on choisit l'échelle, la période, l'unité ou le calcul qui raconte l'histoire voulue. Voici les cinq procédés les plus courants, et comment les déjouer.
- 1% ou valeur absolueUn chiffre paraît énorme quand on montre le pourcentage sans la base, ou le nombre sans dire sur combien il porte.Le réflexe : Traduis le chiffre dans l’autre unité : le nombre derrière le pourcentage, ou la base derrière le nombre.
- 2Corrélation n'est pas causalitéDeux choses qui évoluent ensemble ne prouvent pas que l'une provoque l'autre.Le réflexe : Avant de croire « A cause B », cherche ce qui pourrait causer les deux.
- 3L'axe tronquéUn graphique dont l'axe ne commence pas à zéro peut transformer une petite différence en écart spectaculaire.Le réflexe : Regarde où commence l'axe vertical, puis lis les chiffres plutôt que la forme.
- 4La période choisieOn coupe une série au bon endroit pour fabriquer une hausse, une baisse ou une stabilité trompeuse.Le réflexe : Dézoome la courbe et compare avec la période complète.
- 5Moyenne ou médianeUne moyenne peut être exacte, mais donner une fausse idée de ce que vit la plupart des gens.Le réflexe : Compare la moyenne à la médiane avant d’imaginer ce que vit la plupart des gens.
Pourquoi les chiffres trompent si bien
Un chiffre a l'air neutre : il ne donne pas d'avis, il mesure. C'est ce qui le rend si convaincant. Or presque chaque chiffre publié résulte d'un choix : ce qu'on compte, depuis quand, rapporté à quoi, et comment on le dessine. Le journaliste américain Darrell Huff en a tiré un petit livre devenu classique, How to Lie with Statistics, en 1954. Les procédés n'ont presque pas changé ; ils circulent seulement plus vite, en graphiques et en captures d'écran.
Quatre questions devant un chiffre qui frappe
- L'échelle : où commence l'axe du graphique ? Si deux graphiques sont comparés, ont-ils la même échelle ?
- La période : pourquoi commencer ici et finir là ? Que montrerait une période plus longue, ou la même période l'année d'avant ?
- La base : sur combien de cas, de personnes ou d'euros porte ce pourcentage ? Et ce nombre, quelle part du total représente-t-il ?
- Le calcul : s'agit-il d'une moyenne ou d'une médiane, d'une hausse relative ou absolue, d'un lien ou d'une cause ?
Aucune de ces questions ne demande d'être bon en mathématiques. Elles demandent de lire les petits chiffres autour du grand : l'axe, les dates, la base, la définition.
Trompeur ne veut pas dire faux
La plupart des pièges de cette famille sont trompeurs : les nombres sont exacts, c'est leur présentation qui induit en erreur. Ils deviennent faux quand le texte affirme ce que les chiffres affichés démentent : une « explosion » pour un écart de 2 %, « la plupart des salariés » là où seule la moyenne atteint le montant. Dans le jeu, c'est toute la différence entre les deux réponses.